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Table des matières

 

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Début du chapitre ...

La réputation d'un dard très long est-elle fondée ?

   Prenez un frelon vivant par les ailes et observez le dard : ils cherchent à piquer en sortant 3 à 4 mm de dard ; puis si la piqûre n'a pas eu d'effet après plusieurs tentatives, il sort son dard beaucoup plus lentement, et je l'ai mesuré 5 fois d'environ 6 mm ! .... Je n'ai mené cette expérience que sur un seul frelon, et je n'avais pas de règle millimétrée sur le moment. J'ai évalué la longueur « au jugé », puis j'ai vérifié mes impressions en reprenant chez moi une règle millimétrée.

   J'ai mené ces observations sur le conseil du Commandant Aygaleng (anciennement chef du service opérations du Lot et Garonne), qui m'a dit de toujours considérer dans la pratique une longueur de dard d'1 cm . Certains ont détruit des nids d'asiatiques sans plus de protection que pour les frelons européens, mais ils ne répèteront pas l'expérience un grand nombre de fois sans finir par se faire piquer au travers même de leur vêtement. Les pompiers et ceux qui pratiquent la désinsectisation en ont fait leurs frais : il y eu de nombreuses piqûres sur des gens qui se croyaient suffisamment protégés, y compris avec les dernières combinaisons dont les pompiers se sont munis fin 2007.

   Je dois soumettre mon appréciation sur la longueur du dard aux résultats plus scientifiques qu'a obtenus Mme C. Villemant. Sur un nombre conséquent de frelons, la mesure du dard n'a jamais indiqué des dimensions plus importantes que chez le frelon européen. Il me semble pouvoir expliquer que par son agressivité, l'asiatique prend sans doute la peine d'allonger le dard à son maximum plus souvent que l'européen. Pourquoi aussi seuls les asiatiques parviennent à nous piquer au travers de nos combinaisons et de l'épaisseur de nos vêtements ? Sans doute parce qu'ils piquent en même temps qu'ils « cognent » comme des grêlons : il y a une compression des vêtements sous l'impact.

   Seules les femelles possèdent un dard, pas les mâles. Femelles et mâles semblent se partager les rôles au cours de la journée, et l'on trouve majoritairement l'un des sexes durant la matinée, et l'autre sexe durant l'après midi. (Observations menées par M. Ramirès, St Maixant ; 05.56.62.34.30)  ; il ne se souvient plus quels étaient les frelons à dard : ceux capturés dans son néflier le matin, ou l'après midi.). Mme Villemant doute de cette observation qu'elle trouve plutôt étonnante.

Ses attaques sont plus « organisées » et plus « intelligentes » que celles de l'européen :

   L'asiatique recherche parfois les faiblesses de votre combinaison, jamais l'européen. Je mets toujours 2 paires de gants ; les européens ne cherchent jamais à pénétrer en profondeur dans les replis de la combinaison, ni entre les 2 gants. Les asiatiques s'y appliquent vraiment, souvent à plusieurs ; parfois dès le début de l'attaque, ou bien lorsqu'ils sentent qu'on prend le temps de mener à bien notre intervention. Les abeilles sont réputées pour chercher ainsi à se faufiler dans le moindre trou de nos combinaisons.

Les meilleures interventions sont les plus courtes :

   C'est pourquoi, si l'on ne peut pas poudrer le nid, préférez les interventions fulgurantes quand c'est possible ; elles sont moins dangereuses et moins angoissantes. Quand on enferme le nid dans un sac, attendre loin du nid que les frelons soient calmés, pour les surprendre. Monter le plus lentement possible auprès du nid, puis d'un seul coup entourez le nid dans le sac et le décrocher. Avec l'habitude, ce geste dure 2 secondes lorsqu'il est facile d'entourer le nid.

Il s'acharne véritablement, notamment au niveau du visage.

   Il cherche à piquer au travers de la moustiquaire ; il sort son dard, et il incurve le bout de son abdomen en même temps. Il passe au travers des mailles de la moustiquaire la pointe de son abdomen qui est amincie lorsque le dard est sorti. Puis quand il rentre son dard, l'abdomen se trouve coincé dans une maille. J'ai vu plusieurs fois des frelons tenter vainement de s'envoler, parce que la moustiquaire restait attaché à leur abdomen ; ils tiraient en avant la moustiquaire en prenant leur vol.

Un pompier brûlé au visage par du venin éjecté à distance.

   Les pompiers du Lot et Garonne en ont des photos dans le dossier qu'ils ont composé sur le frelon asiatique. Le frelon n'a pas piqué le pompier, mais les glandes à venin se sont trouvées comprimées lorsque le frelon a rentré son dard et que l'abdomen s'est coincé dans la maille de la moustiquaire. Le venin éjecté est venu brûler en surface le visage du pompier, et nous ne comprenions pas comment le frelon pouvait éjecter du venin. C'est Mme Villemant du MNHN de Paris qui est venu sur place et qui a trouvé l'explication.

(plus de renseignements auprès du Commandant Fernandez, responsable sécurité du SDISS 47)

   J'ai reçu une fois une très fine giclée de venin qui m'a atteint l'œil en passant sur le coté de mes lunettes. Douleur très vive. J'ai pleuré 3 heures après rinçage abondant à l'eau, et j'ai vu trouble pendant 8 heures. Depuis, je porte toujours un casque à visière sous ma combinaison. On trouve sur Internet ( www.fontaine38.fr/olivierleclouerec/ Un Fontainois à Pékin, adresse à vérifier car je l'ai notée de façon incomplète) une autre histoire de pompier brûlé au visage par du venin lors d'une intervention dans un arbre.

Exemples de brûlures par simple contact cutané :

   J'ai rencontré 2 couvreurs qui m'ont dit avoir été attaqués par des frelons sur un toit. Ils ont bien été piqués, mais ils ont aussi tué un frelon qui piquait la manche de leur sweet-shirt. Tous deux m'ont dit avoir ressenti plus tard la brûlure, lorsque le vêtement les touchait. L'un d'eux qui portait des manches très larges m'a dit que c'est seulement 10 minutes plus tard, qu'au cours d'un changement de position, sa manche est venue frotter le dessous de son bras. Il m'a montré une tache rouge de 5 à 6 cm de diamètre.

   La goutte de venin est très petite, elle avait sans doute diffusé un peu dans les fibres du sweet avant de sécher complètement ; il reste donc en place une substance particulièrement irritante capable de causer cette réaction.

   J'ai senti plusieurs fois des irritations analogues, en remettant des chemises que je porte sous ma combinaison lors des interventions. Je pense que le frelon avait piqué au travers de ma combinaison, dans mes chemises.

Parfois l'asiatique nous agresse et nous poursuit bien après l'intervention :

   Je ne retire jamais ma combinaison trop vite, ni trop près du nid détruit ou poudré. Personnellement, à 30 mètres, je ne me sens pas en sécurité.

   J'ai été attaqué une fois à 500 m. du lieu de mon intervention ; j'étais reparti habillé dans ma voiture, mais je roulais très doucement dans un chemin de terre. Aucun frelon ne me tournait autour lorsque je suis monté en voiture, et il en restait d'ailleurs assez peu à l'emplacement du nid détruit. 2 frelons ont pourtant suivi la voiture et m'ont rejoint lorsque je suis sorti pour retirer la combinaison. Ils ne se sont pas posés sur moi mais leur vol était très nettement agressif et je suis remonté précipitamment dans mon carrosse. La destruction du nid était finie depuis 20 minutes environ.

L'asiatique sent facilement d'où lui vient l'attaque, et il y répond :

   Il est difficile d'éviter son agression, tandis qu'il est relativement facile d'éviter celle de l'européen si l'on agit à distance.

   On m'a rapporté que trois chasseurs ont dû rentrer précipitamment dans leur voiture parce qu'ils avaient tiré sur un nid situé en hauteur, à 40m d'eux sur les bords de Garonne à Saint Maixant (je ne dispose malheureusement d'aucune source vérifiable pour cet incident).

   De plus l'asiatique adopte un comportement nerveux et peu rassurant pour nous s'il sent l'odeur de frelons morts ou écrasés. Dans ce cas il délaisse ses proies (par exemple les abeilles, dans un rucher) et vient tourner méchamment autour de l'épuisette avec lequel l'apiculteur a capturé quelques frelons (Témoignage de M. Dugrand.). De même, il y a souvent des frelons qui viennent à mon véhicule d'entreprise pour tourner de façon agressive autour des sacs-poubelles dans lesquels j'emporte les nids détruits.

Explications possibles :

   Le frelon attaqué puis écrasé libère des phéromones d'agressivité dont l'odeur persiste et suscite ensuite l'agressivité des autres frelons. Ces phéromones sont peut-être liées au venin (comme chez l'abeille). On comprendrait pourquoi le frelon se méfie quand on s'approche d'un nid avec une combinaison ayant déjà servi, pourquoi il poursuit le désinsectiseur ou sa voiture qui transporte des nids détruits, pourquoi il est agressif en présence des cadavres d'autres frelons. Il est possible que les phéromones d'agressivité et le venin aient tous deux une grande rémanence dans les vêtements piqués par les frelons.

   Enfin il semble bien que le frelon sente notre stress, ou notre adrénaline au travers de notre transpiration ; un peu comme le chien qui sent nos peurs ou notre agressivité.

La résistance exceptionnelle du frelon : cf. IIème partie

   Résistance chimique aux produits désinsectisants

   Résistance mécanique aux agressions physiques

   C'est, avec le risque élevé de récidive, le cœur de la problématique des Moyens de lutte. Voir la IIème Partie

Dangereux ? Nuisible ? Eléments de réponse.

Plus dangereux que l'européen, mais c'est relatif.

   Mme Villemant réserve son jugement sur ce point, vu l'absence de données scientifiques, d'analyse de son venin, de données cliniques sur l'effet de son venin sur des personnes normales. Je reconnais comme elle qu'on pourra toujours trouver des témoignages alarmistes, car il y a des gens qui réagissent plus fortement que d'autres. Je sais que des personnes tombent dans le coma ou meurent d'une seule piqûre de guêpe ou d'abeille. Mais s'il s'agit d'une piqûre d'asiatique, cela défraie la chronique dans des proportions plus importantes, parce que c'est la nouvelle bête noire.

   Il ne me semble pas que la piqûre du Vespa Velutina soit plus dangereuse que celle de l'européen Vespa Crabo. J'ai le témoignage d'une personne folle depuis une trentaine d'année, à la suite de 35 piqûres d'européens, tandis que mon client aux 60 piqûres ne semblait pas en grand danger… si seulement ces 2 personnes sont comparables. Mais à priori, nous voici quand même rassurés du prétendu danger de mort plus certain qu'avec l'européen !

   Cependant, j'affirme que l'asiatique est réellement bien plus dangereux que l'européen, comme je le constate presque quotidiennement sur le terrain, parce qu'il attaque en grand nombre, en multipliant les piqûres et sans perdre de temps, parce qu'une proportion plus importantes d'insectes se transforme en guerriers en cas d'attaque, parce qu'il nous oblige à nous vêtir de façon beaucoup plus épaisse pour éviter ses piqûres, parce qu'il s'attaque préférentiellement au haut du corps, qu'il se prend dans les mailles de nos moustiquaires (éjection de venin par compression de l'abdomen). Bref, la destruction classique d'un nid d'asiatiques n'a rien de comparable avec la destruction d'un nid d'européens.

   Ensuite, même quand leurs nids sont paisiblement en haut des arbres sans attaquer personne, la présence d'asiatiques sur notre territoire est, selon moi, plus dangereuse que celle de l'européen, surtout en zone urbaine :

•  le nombre de nids est maintenant bien plus important que pour les européens et l'on craint de n'avoir pas encore vu son seuil maximal de population (il rabaissera peut-être lorsqu'il aura moins d'insectes pour se nourrir).

•  Or les nids sont pour la plus grande part bien dégagés, ce qui occasionne des attaques toujours plus importantes que lorsque le nid est caché, comme c'est le cas de l'européen.

•  Les nids étant dégagés, il arrive plus fréquemment des chutes de nids. M. Jean Paul Rousselin du GDSA33, rapporte le cas d'un nid tombé tout seul du haut d'un arbre, à Guîtres, près du pont de l'Isle, en octobre. M. Gergouil est également témoin d'une chute de nid dans une grange, et j'ai moi-même été appelé à Castets-en-Dorthe pour un nid qui s'est décroché de la charpente d'un hangar servant de garage ; les nids situés dans les granges sont moins solidement bâtis que ceux qui sont exposés à tous les vents. Je ne souhaite à personne de se trouver dans un rayon de 50 mètres !

•  Certaines odeurs peuvent les rendre agressifs. l'agitation et les cris d'enfants jouent-ils aussi, je ne sais. A St Pierre de Mons, des frelons chinois venaient tourner régulièrement, et d'un vol nerveux, autour des enfants de l'école maternelle. Un cèdre se trouvait à 40mètres, et le nid était à 20 mètres de haut. Les instituteurs regroupaient les enfants dans la partie de la cour la plus éloignée du nid, mais l'un d'eux a fini par se faire piquer.

•  Il y aura aussi des accidents due à la bêtise des enfants, et des moins jeunes : j'ai été appelé pour détruire un nid qui était la cible de jets de pierre de la part de lycéens dans la banlieue de Bordeaux ; nid situé au dessus d'un parking en contre bas, les lycéens ne pouvant voir depuis l'enceinte de leur lycée s'il y avait ou non quelqu'un sur le parking. A la Réole, je m'apprête à détruire sur un mur extérieur de l'hôpital, je suis donc à proximité, et soudain des cailloux arrivent, tirés depuis la cour du collège voisin. Manque d'informations au grand public ; nécessité apparemment de cibler particulièrement les établissements scolaires.

L'asiatique pourrait-il être classé nuisible ?

   C'est la question que posaient nombre d'apiculteurs lors des Assemblées Générales de ce début 2008.

   Je n'ai pas la prétention de traiter ce sujet qui relève uniquement de la compétence des scientifiques, et dans ce dossier délicat, je ne veux rien compliquer en apportant une prétendue réponse d'expert qui dépasse largement mes compétences. Pour les apiculteurs, je livre ici mes réflexions de simple technicien.

Nuisible ? Mais à quel titre ?

  • Du point de vue de la protection civile :

   Même s'il arrivera beaucoup plus d'accidents de piqûres qu'autrefois, Mme Villemant ne voit pas, en l'état actuel des études scientifiques, qu'on puisse considérer le frelon comme nuisible pour la population civile. Les nombreux éléments que j'apporte sur sa dangerosité et son agressivité tout au long de cette I ère partie donnent maintenant un certain éclairage du problème.

   Je considère personnellement qu'il présente quand même un risque particulier en zone urbaine : décrochement de nids possible, nid accroché aux façades d'immeubles à quelques mètres des fenêtres, etc. Ce sera l'affaire des pouvoirs publics d'évaluer ce risque et d'envisager les solutions. Beaucoup de municipalités ont déjà considéré de leur responsabilité de faire enlever les nids dans le périmètre urbain.

  •    Du point de vue de l'impact économique sur le secteur apicole.

   Le nombre de ruches détruites par le frelon en pleine saison n'a pas été recensé ; ce ne représente qu'une partie des dégâts écologiques et économiques ; il servira d'indication seulement, car il nous faudra sans doute comparer la mortalité de fin d'hiver 2008 avec les mortalités des années normales. En effet, beaucoup de ruches se sont trouvées affaiblies (population, miellée, nécessité de les nourrir l'hiver, …).

  •    Du point de vue de l'impact agro économique à moyen terme par défaut de pollinisation :

   (Arbres fruitiers, productions maraîchères, biodiversité des végétaux et des insectes, ….)

  •    Du point de vue de l'équilibre de notre écosystème :

   Je pense qu'en ce domaine le frelon fait de très sérieux dégâts selon des témoignages non quantifiés de nombreux observateurs en Gironde (j'ai encore peu de relations dans les autres départements).

   Certes, même s'il est évident, l'impact écologique et agro économique n'est pas encore chiffré. Tout au plus on peut compter le nombre de ruches détruites, ce qui est déjà beaucoup, mais peut-être encore insuffisant pour ceux qui pourraient classer le frelon parmi les espèces nuisibles. Nous attendons de ce côté l'implication des pouvoirs publics et des ministères concernés.

Comparaison avec un autre nuisible :

   J'ai la licence nationale de piégeurs agréés et je suis à ce titre prévenu des campagnes contre le ragondin, classé nuisible pour ses importants dégâts sur les cultures aux abords immédiats des cours d'eau. Les dégâts sont très locaux, et s'ils inquiètent l'économie de certaines exploitations agricoles, ils restent limités, et remédiables en partie : on pourrait encore déplacer certaines cultures vers les terres en jachères (mais pas toutes : il est plus facile de faire pousser le maïs près des cours d'eau)

   Par comparaison, le frelon chinois est implanté majoritairement le long des cours d'eau, et sur une bande bien plus large (plusieurs km), mais aussi partout où le sol est humide, même très loin des cours d'eau principaux, comme le montre mon fichier clients. Son rayon d'action est bien plus important (on parle de 4 km, à vérifier).

   Toute comparaison avec un autre nuisible n'apporte qu'un éclairage très limité, et souvent discuté ; C'est une considération de 2 ème ordre, par rapport à l'étude du frelon lui-même et de son impact sur l'environnement.

   Mais lorsqu'on n'a pas de données directement objectives et chiffrées sur l'impact du frelon, le raisonnement par analogie n'est pas à dédaigner ; il peut suppléer, à sa mesure, l'impossibilité d'établir un dossier chiffré des dégâts écologiques et agro économiques.

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