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Table des matières

 

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Récidives : reconstructions des nids détruits

   On n'a pas encore assez de recul et d'études pour comprendre le coté aléatoire des récidives. Parfois 60 frelons asiatiques ne reforment pas leur nid et finissent par disparaître, et d'autres fois seulement 5 ou 6 frelons reforment rapidement un nouveau petit nid.

   2 causes possibles de récidive :

      •  des frelons ont résisté au désinsectisant

      •  des frelons n'ont pas subi notre intervention.

Divers méthodes pour éviter des récidives parfois étonnantes :

   Plusieurs désinsectiseurs ont voulu limiter ce risque de récidive en enfermant rapidement le nid vivant dans un sac plastique pour éviter qu'il n'y ait des rescapés. Décrochage du nid avec le sac, et injection de désinsectisant au travers du sac.

   Même lorsqu'aucun frelon ne s'était échappé, ceux qui étaient en dehors du nid lors de l'intervention étaient souvent capables de récidiver. Même expérience renouvelée plusieurs fois tard dans la nuit (par exemple à La Réole entre minuit et demie et 1h du matin) : même échec. Aucun frelon échappé ; le temps de ranger l'échelle et de discuter avec le client : 1/2heure, et aucun frelon en vue. Aucun non plus le lendemain matin, mais quelques frelons revenus seulement le lendemain soir ont refait un nid.

   Personnellement je n'ai noté qu'une récidive avec l'emploi de la poudre. Ce n'est pas la procédure du poudrage qui est en cause, mais l'impatience du client : je lui avais expliqué la nécessité de laisser le nid en place pendant plusieurs jours pour piéger tous les frelons qui se trouvaient en dehors du nid lors de mon intervention. Le client a insisté pour que je vienne décrocher le nid 24 heures plus tard, ce que j'ai fait.

   Certainement, les frelons qui n'étaient pas encore rentrés au bout de 24heures ne devaient pas être bien nombreux ! Il y a pourtant eu récidive, et j'ai dû y retourner une semaine après. C'est dire s'il suffit parfois de très peu d'insectes pour reformer un nid . Cela confirme la nécessité de laisser en place durant plusieurs jours le nid empoisonné par la poudre. Le nid est complètement mort en 20 minutes mais il piège les absents qui reviennent. J'attends 4 à 5 jours au minimum avant de débarrasser le nid.

   Comment la récidive est elle possible, si la reine est détruite ?

   D'ordinaire, seule la reine s'occupe de pondre ; elle est dans la colonie la seule femelle fécondée. Lorsqu'un nid d'asiatiques a été détruit avec sa reine, les simples ouvrières se mettent à pondre ; ce sont pourtant des femelles non fécondées, mais leurs œufs non fécondés donnent naissance uniquement à des mâles.

Les mâles n'ont pas de dard et sont inoffensifs , mais le client a toujours des insectes chez lui. Il est difficile de lui dire qu'il n'y a que des mâles inoffensifs. Tout d'abord il y a les quelques femelles qui pondent, et puis l'on ne saura vraiment qu'au bout d'un mois si la récidive est dangereuse ou pas : quand il n'y a que des mâles qui naissent, le nid ne dépasse pas 20cm de diamètre ; après quoi il végète et finit par crever. Parmi les 8 nids que j'avais congelés pour les analyses de Mme Villemant, il s'en trouvait un qui ne contenait apparemment que des mâles.

Mais il y a aussi des récidives complètes , avec des femelles parmi les insectes nouvellement métamorphosés. Quelques frelons se sont échappés du nid pendant la destruction, et le nid de récidive grossit lentement (il y a évidemment peu d'insectes au début), mais indéfiniment. Il ne végète pas au bout d'un mois ; il peut redevenir aussi important que le premier nid.

   Dans ce cas, il s'agit bien de frelons qui piquent, et nous l'avons expérimenté ! La reine asiatique est-elle suffisamment rapide pour s'échapper comme n'importe quel autre frelon lors de la destruction du nid ? C'est mon sentiment, à soumettre aux recherches des scientifiques. Par contre, il me semble que la reine européenne quitte toujours le nid tardivement, parce qu'elle est souvent un peu plus impotente de part sa taille.

   (La reine européenne est facile à observer en début de saison, lorsqu'on poudre une cheminée dont le haut est fermé par une chape de ciment. Ces vieilles cheminées inutilisées finissent par se lézarder, et les frelons passent par les fissures ; 10 secondes après poudrage les frelons sortent à la queue leu leu, et la reine est parmi les derniers insectes à sortir. Comment reconnaître une reine ? Elle est plus grosse, surtout plus longue. En début de saison, je la reconnais nettement par rapport aux autres. En fin de saison, les plus vieux insectes sont devenus quasi aussi gros que la reine, ce qui rend la reine plus difficile à trouver. Pour la reine asiatique, même facilité de repérage en début de saison, mêmes difficultés en fin de saison.

   Les analyses que Mme Claire Villemant a menées sur de nombreux nids d'asiatiques l'ont amené à cette certitude qu'il n'y a qu'une seule reine par nid.)

   Ne pas intervenir trop tôt lors de la construction d'un nid secondaire :

   Les interventions au printemps ou au début de l'été sur des ébauches de nid sont voués à des échecs répétés ; s'il n'y a pas un nid bien formé et fermé, qui englobe la colonie, on n'a aucune chance de réussite. Ni poudrage ni pulvérisation ne seront efficaces, on amoindrira partiellement la population sans débarrasser la totalité des frelons qui viennent là pour bâtir leur nid secondaire. La source de ces frelons n'est pas traitée, puisqu'ils viennent d'un autre nid, le nid primaire.

   En juin j'ai été appelé à Bordeaux pour continuer le travail commencé par un autre désinsectiseur. J'ai trouvé 200 frelons volant sous un avant-toit, autour d'une ébauche très large. Manifestement les frelons commençaient la construction d'un grand nid, d'un nid secondaire.

   Dans ce cas, il vaut mieux attendre qu'ils finissent de s'installer avant d'intervenir. Une intervention trop précoce déclenche leur agressivité, sans résoudre le problème, ce qui n'a pas manqué de se produire dans le cas cité. Les frelons tournaient nerveusement dans la cour intérieure et les habitants n'étaient pas tranquilles, tandis qu'il n'y avait pas de gros problème avant la 1 ère intervention manquée.

   J'ai conseillé aux gens d'attendre, mais ils ont demandé les services d'une autre société, sans résultat bien entendu, après quoi ils les chassaient régulièrement en leur balançant une casserole d'eau bouillante. Les frelons revenaient toujours en très grand nombre et le problème a duré 3 semaines avant que les frelons cherchent un lieu plus tranquille.

   Dans ce cas précis, toute intervention payante aurait été une arnaque de ma part, car je savais parfaitement l'inutilité de l'opération. Pas la peine non plus de pulvériser un produit rémanent car les frelons se seraient déplacés de 50cm ou d'un mètre, ce qu'ils faisaient d'ailleurs après chaque casserole d'eau bouillante. L'avant-toit était très haut, et il aurait fallu pulvériser toute la longueur de cet avant-toit avec un répulsif rémanent ! Avec le risque d'une installation du nid sous les tuiles, encore plus difficile à traiter.

IIème Partie : Les moyens de lutte

Désinsectisation différente pour l'asiatique et pour l'européen.

Pour les européens, Vespa Crabo :

   La pulvérisation accompagnée de la destruction mécanique du nid est efficace ; les quelques frelons qui peuvent s'échapper du nid pendant l'opération, et ceux qui reviennent après se trouvent perdus, les frelons européens sont incapables de se réorganiser en colonie et finissent par disparaître.

   (La pulvérisation seule, sans destruction du nid, n'est pas suffisante : il est déjà arrivé qu'après évaporation d'un désinsectisant non rémanent, les frelons européens reviennent pour continuer à nourrir les larves, et le nid reprend une faible activité. Les larves ont un métabolisme différent des insectes volants, elles sont moins sensibles que les volants à de nombreux désinsectisants.)

Pour les asiatiques, Vespa Velutina :

   Après pulvérisation et destruction simultanée, il reste un risque assez élevé de récidive, variant entre 5 et 15% selon l'expérience de plusieurs personnes : les frelons qui s'échappent lors de l'opération, ou bien ceux qui reviennent après l'opération, se rassemblent pour reconstruire un nouveau nid, au même emplacement ou à proximité.

   C'est un fait vérifié : seulement 5 ou 6 frelons asiatiques peuvent rebâtir un nid  ; ils le peuvent mais ne le font pas à chaque fois. On est parfois surpris de ne voir aucune récidive alors que 60 ou 70 frelons restaient à voler à l'emplacement du nid détruit. Après le 15 novembre, le risque de récidive est certainement amoindri par le froid.

Conclusion :

   Pour les asiatiques, ne pas se tromper de cible en confondant le nid et la colonie.

   On se trompe en procédant à la destruction mécanique des nids qui sont inaccessibles (trop hauts dans les arbres) : on cherche à détruire le nid, alors que c'est la colonie qu'il faut viser.

   La destruction à la lance à eau, ou le sciage d'une branche pour intervenir sur un nid tombé au sol, ainsi que le tir au fusil sont inefficaces. D'une part le frelon asiatique quitte très vite son nid quand il sent le danger ; d'autre part, il est très résistant à toute agression, chimique ou mécanique ; Même un jet de pleine puissance, détruisant un nid par surprise n'est pas suffisant pour tuer le frelon. (Voir suite des explications et exemples plus loin).

   La solution ? Le poudrage (voir plus loin) ; c'est du moins la seule solution qui nous donne entière satisfaction, après des mois de recherche, du moins pour les nids placés très haut, ou pour ceux qui sont complètement coincés dans de la végétation. Pour les nids accessibles, je fournis plus loin des recettes plus faciles, à la portée de tous.

 

Attention ! Fausses solutions : danger !

Destruction au jet d'eau :

   Se reporter aux analyses tout au long de ce rapport, notamment sur la résistance mécanique du frelon, sur les récidives, et voir «  l'exemple d'une intervention incomplète  » quelques pages plus loin.

Le tir au fusil :

   Personnellement, je n'ai jamais pratiqué le tir. Je vous rapporte 3 types de témoignages de personnes dignes de foi. J'espère aussi qu'on ne m'attaquera pas pour incitation au non respect de la législation sur les armes, que je rappelle ci-dessous. J'avais cherché à éviter ces questions dans mon rapport, mais des correcteurs me l'ont reproché, me disant qu'il ne fallait pas se fermer les yeux devant le fait que le tir sur les nids se pratique de temps en temps et sans grande prudence, et qu'il valait mieux aborder la question de façon détaillée :

      •  Pour mieux montrer le danger de certaines pratiques auxquelles les apiculteurs inquiets finissent par recourir.

      •  Pour mieux conseiller techniquement, en vue d'une communication à destination des fédérations de chasse, et en vue d'une éventuelle demande d'autorisation auprès du préfet pour le tir en dehors des périodes de chasse.

   1 er témoignage :

   J'ai entendu des apiculteurs en janvier 2008 qui conseillaient la destruction au fusil : 6 à 8 coups suffisent à faire tomber une grosse partie des plateaux de larves, ce qui permet au moins de diminuer d'autant la population, de détruire bon nombre d'insectes volants, et la reine dans peut-être 50% des cas. C'est déjà un résultat. Mais c'est oublier le danger de disséminer la colonie qui peut alors rester nerveuse pendant plusieurs jours (lire ci-dessous : « exemple d'une intervention incomplète »).

   Chaque cas est donc à raisonner différemment ; je déconseille évidemment le tir à proximité des habitations. Pensez surtout au risque de piqûres sur un marcheur ou un agriculteur, ou un enfant passant à vélo 4 ou 5 jours après, même en rase campagne. Si vous n'êtes pas assuré pour cela et qu'en plus vous n'avez pas agi selon les règles, ça peut coûter très cher !

   Revenons à notre étude « technique » (je ne suis pas expert en balistique !). Il y a mieux que le tir isolé, avec des plombs se dispersant.

Suite ...

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