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Table des matières

 

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La résistance exceptionnelle du frelon asiatique

Résistance chimique :

   Beaucoup de professionnels ont été surpris de voir les insectes résister aux produits dits « foudroyants ».

   Ces produits sont bien foudroyants pour les guêpes et les frelons européens, c'est-à-dire que l'insecte tombe quasi instantanément.

   Le frelon asiatique montre 2 façons de résister au produit :

  • Ou bien le produit ne lui fait quasiment rien : après plusieurs secondes de pulvérisation intense, alors qu'il est coincé dans le coin d'un pièce par le jet puissant d'une bombe à longue portée, le frelon vole toujours.
  • Ou bien il tombe, parfois rapidement, parfois après avoir résisté quelques temps au produit ; mais après une dizaine de minutes il reprend force petit à petit, puis il repart en vol.

   J'en ai fait part à Mme C. Villemant du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, qui m'a dit que plusieurs professionnels faisaient le même constat. Elle m'a également confirmé sa résistance aux agressions mécaniques.

   J'ai contacté un formulateur de produit désinsectisant. Celui-ci m'a conseillé l'utilisation de produits foudroyants contenant des molécules organophosphorées . Depuis, je n'ai plus observé de résistance chimique chez le frelon asiatique.

   Des pompiers m'ont dit que les larves résistent aux produits. 2 sortes de larves : les jeunes, qui restent accessibles parce que les frelons les nourrissent : leur métabolisme, différent de celui des insectes volants, est assez peu perturbé par certains produits, mais s'il n'y a plus de volants pour venir les nourrir, elles mourront de faim.

   Les larves les plus âgées ne sont plus accessibles, et même les produits très nocifs ne leur feront rien s'ils ne sont pas rémanents. Ces larves subissent la métamorphose pour devenir des insectes volants, elles sont entièrement enfermées dans une fine enveloppe de carton et de papier qui les isole du produit. Si ces larves ne sont pas écrasées, elles naîtront et vivront normalement. Je crois peu à l'action rémanente d'un produit contenant même des organophosphorés, vu l'extraordinaire résistance de ce frelon. L'action rémanente n'est jamais aussi efficace que l'action du produit fraîchement appliqué.

   L'avantage avec la poudre, c'est qu'elle reste en place dans le nid, et que son action dure certainement quelques jours ; elle contamine donc les insectes à leur sortie de la chrysalide.

Eléments d'explication fournis par Mme Villemant sur la résistance aux insecticides :

   Tous les insectes respirent par des ouvertures latérales du corps, les stigmates. L'air pénètre par les stigmates dans des trachées ramifiées qui permettent à l'oxygène gazeux de parvenir directement aux organes. Les insectes ferment leurs stigmates dès qu'ils sont dans l'eau ou dans une atmosphère délétère. Certains sont capables de rester en apnée durant de très longues durées. Il est probable que ce soit le cas du frelon asiatique qui résiste ainsi beaucoup mieux que le frelon d'Europe par exemple. Mais certaines substances peuvent conduire les insectes à rouvrir plus vite leurs stigmates, d'où la plus grande efficacité de certains insecticides. Là encore, ce sont des expériences scientifiques rigoureuses qui permettront d'apporter, des réponses précises au phénomène.

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Résistance mécanique :

   Résistance étonnante ! Si vous écrasez un frelons sous votre chaussure, mais pas suffisamment pour entendre le crissement de la carapace thoracique, il se remettra en place par de tout petits mouvements répétés, jusqu'à reprendre forme et pouvoir revoler. Cela peut durer entre 3 et 10 minutes, même sur des insectes fort abîmés, qui paraissent bien morts.

   Ces observations ont été notées par 3 ou 4 personnes, dont M. Marcel Dugrand et moi-même ; les frelons avaient été écrasés du pied sur le goudron de la route, et détrempés d'un produit « foudroyant » à base de pyréthrinoïdes uniquement. Ils jouaient l'infirme le plus longtemps possible pendant qu'on les observait, et tout d'un coup, ils repartaient d'un vol instantanément très rapide, nous échappant par surprise. Ils volaient aisément et très haut vers les lampadaires de la ville, et ils ne se posaient plus, restant à voler comme s'il n'avaient rien subi.

   C'est pourquoi nous sommes persuadés que la lance à incendie, ou le canon à eau, si puissants soient-ils, ne tuent pas les insectes.

   Cette double résistance, chimique et mécanique, explique une part des récidives.

Un autre procédé : le poudrage.

   Il s'agit d'injecter à l'intérieur du nid une poudre désinsectisante sous pression. Il n'est pas nécessaire d'approcher le nid, car la poudre est conduite dans un flexible le long d'une perche télescopique avec laquelle on perce le nid. On laisse le nid en place pour que les insectes qui étaient à l'extérieur s'empoisonnent en rentrant dans le nid.

Les avantages et garanties :

      •  de meilleurs résultats  : aucune récidive sur un grand nombre de nids traités.

      •  une plus grande facilité à traiter les nids difficiles d'accès .

      •  une diminution des risques pour l'intervenant comme pour les habitants, pendant l'intervention, et après (pas d'insectes dispersés et agressifs comme c'est parfois le cas pour les nids détruits mécaniquement)

   Cela permet d'atteindre plus facilement des nids qui semblent difficiles d'accès : souvent je monte à l'échelle avec ma perche télescopique, et je reste ainsi bien en dessous du nid. Je suis intervenu dans un arbre à St Pierre d'Aurillac, là où les pompiers n'avaient pu s'approcher suffisamment avec le camion-échelle. On m'a rapporté le cas d'un nid suspendu à des branches, au dessus d'un toit d'habitation ; par mesure de sécurité, les pompiers de St Macaire n'avaient pu déplier leur échelle au dessus de ce toit. Avec une perche, le nid était sans doute accessible depuis l'échelle du camion, celle-ci permettant aux pompiers de prendre de la hauteur sans passer au dessus du toit.

   On reste éloigné du nid à détruire, et c'est nettement plus confortable : quasiment pas d'attaque sur la combinaison. Moins de danger pour le destructeur et pour les environs immédiats.

   J'ai éprouvé cette procédure de nombreuses fois depuis début septembre (et 25 fois en octobre), et j'ai demandé à d'autres de l'éprouver avec moi, pour bénéficier de leur analyse critique. Leur réponse : c'est la procédure idéale. M. Marcel Dugrand (*) , notamment, n'a pas trouvé de défaut à cette technique ; il souhaite vivement voir les pompiers utiliser ce système, tout en le conjuguant avec les moyens d'intervention dont ils sont les seuls à disposer, comme les camions-échelles.

   (*) M. Dugrand (33490 St Macaire 05.56.76.28.60) est l'un des premiers à recenser les nids en 2006, à communiquer sur le sujet, à aider les recherches de Mme Claire Villemant du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle de Paris, et à rechercher des moyens de lutte.

Le matériel nécessaire :

   Un poudreur : 170€ HT environ.

   Un petit compresseur (prise allume cigare 12V) : 40€

   Une perche télescopique 9mètres (matériel de vitrier UNGER, chez Mr. Clean) : 64€

Quelle poudre ?

   J'utilisais en 2007 une poudre parmi les moins nocives, ne contenant que de la perméthrine, de la famille des pyréthrinoïdes. Ces molécules qui jouent sur le système nerveux des insectes sont largement utilisées en agriculture. Les pyréthrinoïdes entrent dans la composition des formulations qui sont homologuées pour les traitements en milieu agro alimentaires (normes toxicologiques plus sévères), mais la faune aquatique y est extrêmement sensible ; attention près des cours d'eau !

   Je n'ai jamais observé ni récidive de nid, ni même d'insecte capable de revoler après être tombé. Certains insectes tombent plus vite que d'autres, mais leur agonie va toujours s'accentuant, sans rémission possible. Résultat infaillible avec la poudre à base de perméthrine, tandis que les liquides à base de perméthrine ne sont pas aussi efficaces.

Risque Zéro de récidive : une dernière précaution

   L'expérience à montré qu'il ne faut pas détruire trop vite un nid poudré : les frelons quittent parfois le nid pour plus de 24 heures. Si on laisse en place le nid empoisonné, les frelons absents rentrent forcément dedans après avoir tourné autour pendant 20 à 30 secondes, même quand le nid plein de poudre ne présente plus aucune activité. Ils ressortent blancs de poudre 20 secondes plus tard, et tombent sans même voler, à la verticale du nid.

   J'ai observé une récidive sur un nid que j'ai détruit 24 heures après l'avoir poudré ; les frelons revenus après mon second passage étaient donc suffisamment nombreux pour se réorganiser. Je conseille de laisser le nid avec sa poudre pendant 3 à 4 jours.

Eviter d'empoisonner l'écosystème :

   Il faut, autant que possible, revenir pour enlever le nid poudré, car au bout d'une dizaine de jours, plusieurs types d'oiseaux viennent picorer les vieilles larves restées dans le nid. Les jeunes larves qui n'étaient pas complètement enfermées dans leurs alvéoles finissent par se décrocher si elles ne sont pas nourries. A priori les larves comestibles qui restent dans le nid sont celles qui étaient complètement protégées de tout poudrage.

Toutefois, il est évident qu'il ne faut laisser en place le nid que l'on peut décrocher. J'insiste auprès de tous pour que soient décrochés le plus grand nombre possible de nids.

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