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Table des matières

 

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Début du chapitre ...

   Une véritable invasion, parfois surprenante :

   Plusieurs endroits sinistrés de cette façon m'ont été signalés par téléphone par des clients ou des gens qui, sans me connaître, cherchaient à qui faire remonter leurs observations.

   Ces constats n'ont rien d'étonnants au regard du nombre de nids répertoriés. Lors de l'assemblée générale du GDSA, j'ai entendu parlé de 27 nids sur la seule commune de Villenave d'Ornon, mais Pessac était aussi particulièrement fournie. En principe toutes les zones urbaines et les abords de cours d'eau rassemblent une forte concentration de nids.

   Le long de la Garonne à St Macaire : 15 nids dans l'agglomération de ce petit village, dont 5 dans des peupliers sur à peine 300 mètres. Seulement 4 ont été détruits, à cause du déficit d'information et de l'inertie générale. Ne sont comptés ici que les nids visibles, dans des arbres, mais l'on sait que beaucoup se logent aussi dans les toitures sans qu'on s'en rende compte.

   C'est à Saint Macaire aussi que fut observé par M. Dugrand (05.56.76.28.60) un nid d'européen dans sa cabane de jardin ; j'ai tardé 10 jours avant de m'en occuper, donnant la priorité à la destruction des asiatiques. Lors de mon intervention, les asiatiques avaient remplacé les européens…dans le même nid ! J'atteste qu'il n'y aucune erreur d'identification possible, M. Dugrand étant l'un des pionniers du repérage, de l'observation et de la communication sur le frelon asiatique. Quand j'étais allé lui rendre visite sans mon matériel dix jours avant la destruction, je lui avais dit :

   _ « Tu es sûr au moins que ce ne sont pas des asiatiques ? »

   _ «  Ah ça non ! Tu penses que je suis allé vérifier ! J'ai mes ruches à 20 mètres ! » J'étais allé voir où se situait le nid, et ce sont bien des européens que j'ai vu se faufiler dans les fentes des cloisons en bois.

D'autre part, les faibles défenses de l'abeille. Rumeurs contradictoires.

   Beaucoup ont observé des réflexes de défense : les abeilles se regroupant autour du frelon, lui faisant barrage, mais elles n'ont manifestement pas le dessus face au frelon, comme en témoigne la disparition de ruchers entiers.

   Beaucoup plus rarement, on entend courir des bruits qui laisseraient à penser que l'abeille s'en sortirait aisément. Analysons 2 de ses rumeurs :

   Confusion entre l'abeille japonaise, et l'abeille européenne :

   Un reportage télévisé sur ARTE montrait comment l'abeille japonaise se défend contre le frelon : des abeilles encerclent le frelon pour augmenter localement la température à 50° en ventilant sur lui de l'air chaud. Le frelon meurt de chaud, lentement. Le même reportage précisait que les abeilles européennes importées au Japon ne savent pas se défendre et se font manger par le frelon.

   Des gens m'ont rapporté que l'abeille était donc capable de tuer les frelons !

   L'abeille piquerait le frelon en vol et le tuerait !

   Des abeilles seraient capables de voler 1 mètre au dessus d'un frelon en vol, pour lui tomber dessus en piqué et le piquer entre 2 segments de son abdomen. Le frelon en tomberait, mort. (*)

   Aucun des apiculteurs que nous avons interrogé et dont beaucoup se sont livrés à l'observation pendant des heures et des heures (des retraités passionnés), ne se fait l'écho de ce genre d'observations. Il s'agit donc d'un phénomène sans doute extrêmement rare ; souhaitons qu'il ait été filmé.

   A cela, comparons les observations plus classiques, menées par plusieurs apiculteurs, sur plusieurs sites.

   (*) Nous pensons qu'il est bien regrettable que cette observation étonnante et en tout cas peu représentative du conflit abeille / frelon, ait été diffusée sur les ondes ! Cela donnait à penser que l'abeille savait se défendre, au moment précis où les essaims disparaissaient et où les apiculteurs tentaient de faire entendre leur cri d'alarme !

   D'où la nécessité pour chacun d'échanger avec l'ensemble de la profession avant de parler en public, et de vérifier la valeur de son travail personnel en le confrontant aux expériences des autres. Une étude trop isolée peut ne plus être représentative de la problématique générale.

   Observations fréquemment répétées, représentatives de la lutte abeille / frelon

   Il s'agit d'une estimation, non d'une évaluation chiffrée. Il nous semble que dans 95 % des cas, l'abeille n'oppose qu'une défense de principe, assez peu efficace.

   Sur les ruches faibles, le frelon pénètre jusque dans l'intérieur de la ruche pour piller le couvain, puis quand la ruche est morte il emporte le miel et peut aller jusqu'à dévorer la cire. Des ruches ont été retrouvées vides ! (Coordonnées à redemander à MM Saunier et Body car il en a été question lors des Assemblées Générales de janvier 2008)

   Sur les ruches moyennement fortes de la plupart des ruchers, le frelon prélève des abeilles sans être trop inquiété par les moyens de défense de celles-ci. Le plus souvent elles se rassemblent en grappe, et à l'approche du frelon, la grappe frémit nerveusement (peut être diffusion de phéromones d'agressivité ?) et le frelon n'ose pas s'approcher davantage. Il attend alors le passage d'une abeille qu'il pourra prendre au vol.

   Naturellement, le frelon délaisse les ruches les plus fortes ou les plus agressives ; disons qu'il commence son festin par les plus faciles, mais tant qu'il y a des abeilles dans un rucher et qu'il en a besoin, il continue son prélèvement. De fortes, les ruches deviennent moyennes puis faibles. Les 10 ruches placées en centre ville de Bordeaux, dans le parc Bordelais étaient des ruches en bonne santé, et elles y sont toutes passées.

   Exemple de lutte entre frelons asiatiques et abeilles :

   Deux apiculteurs de Pessac, Guy Donnot et Jeanne Brunet, rapportent que des abeilles se jettent parfois à plusieurs sur un frelon qui se posent sur leur planche d'envol. Il s'ensuit une bagarre assez vive et longue, le frelon étant complètement recouvert d'abeilles. L'ensemble forme une grappe qui roule et finit par tomber au sol, où la bagarre continue. Puis lorsque les abeilles ont épuisé leur agressivité, le frelon se dégage lentement, moins vaillant, mais il reprend son vol !

   Les abeilles l'ont-elles piqué ? Le venin de ces abeilles est–il insuffisant pour le frelon ? Il s'agit pourtant de ruches en bonne santé, surtout celles de Jeanne Brunet. Ce phénomène est le plus représentatif de ce qu'ont pu observé de nombreux apiculteurs dans tout le département.

   Ce qui est à remarquer, c'est que les abeilles ne s'envolent pas à la rencontre de l'agresseur comme elles le font lors d'agressions classiques ; il semble bien qu'elles n'aient pas le dessus dans une lutte en vol. Il serait intéressant d'avoir des éléments de comparaison avec la lutte abeille / frelon européen, qui prélève aussi quelques abeilles, mais dans des proportions bien moindres et sans conséquence sur le niveau de population des ruches.

   Pourquoi avoir avancé l'estimation de 95% concernant l'inefficacité des défenses de l'abeille face au frelon asiatique ? Monsieur Jacques Longatte va nous répondre.

 

 

Des observations très encourageantes pour une nouvelle stratégie des apiculteurs.

L'expérience de J. Longatte

   Sur un premier rucher :

   Durant l'été 2007, Jacques Longatte observe comment des abeilles résistent aux frelons ; elles sont situées dans une parcelle de jachères fleuries chez un viticulteur à Plassac .

   C'est un rucher « hôpital », constitué de 5 ruches qui contiennent des essaims récupérés dans la nature. L'une d'elles attire davantage les frelons qu'une autre. Ce sont des abeilles noires, très certainement des hybrides ; c'est l'abeille « autochtone » comme l'appelle J. Longatte, celle qu'on rencontre communément dans notre région à l'état sauvage.

   Pourquoi cette ruche-là attire-t-elle plus particulièrement les frelons que les autres ? On sait que le frelon préfère les ruches faibles mais il a peut être aussi d'autres critères de préférence. Cette ruche est plutôt bien vaillante, d'après l'observateur. Je ne dispose pas d'élément de comparaison avec les 4 autres ruches, ni sur leur vivacité et leur agressivité, ni sur leur race (parmi les hybrides sauvages, on en rencontre de moins noires que d'autres).

   Doit-on attribuer une importance à la race de l'abeille dans cette observation ? Pas forcément, mais il est possible que la race d'abeilles joue dans les aptitudes à développer de l'agressivité contre le frelon.

   Description du phénomène :

   Un frelon asiatique est en vol stationnaire devant la ruche. Il prélève une abeille, et se dirige vers le sol. Sans doute pour la décortiquer, mais J. Longatte ne voit pas bien, et ne cherche pas plus que ça à observer les détails. Pourtant au bout de quelques instants il ne voit toujours pas le frelon repartir ; bizarre ! 10 minutes plus tard il repasse à la même ruche et il voit le frelon au sol, mort. Il décide de mieux observer le lendemain.

   Le lendemain il observe pendant 10 bonnes minutes la même ruche qui attire les frelons. Il remarque un frelon en vol stationnaire, et des gardiennes rassemblées en grappe qui semblent surveiller le frelon (frémissement à son approche). Pendant ce temps il observe que les abeilles rentrent du pollen en bonne quantité, la présence du frelon ne gênant pas plus que ça la vie de la ruche. Soudain, le frelon parvient à saisir une abeille, et les gardiennes le suivent alors, et l'attaquent au sol.

   Les grandes herbes (40 cm, ce sont des jachères ; les ruches sont un peu surélevées par rapport aux ruchers classiques) favorisent les abeilles parce que le frelon a peine à s'enfuir et à se débattre. Elles doivent le piquer, car au bout de peu de temps le frelon est mort. Par la suite les frelons ne reviennent plus. Selon J. Longatte, le frelon ne continue sans doute pas les prélèvements sur une ruche qui manifeste autant de combativité. Ces 10 minutes d'observation au total lui ont permis de voir que les abeilles sont plutôt bien vivaces, nerveuses, et agressives.

   Sur un 2ème rucher :

   Des jachères fleuries à 600m ; à 600m également des ruches délaissées, dans un état de semi abandon. A cet endroit il y a trop de frelons et les abeilles ne se défendent pas suffisamment ; transfert des ruches ailleurs, où il n'y a pas de frelon.

   J. Longatte soupçonne que les ruches semi délaissées doivent être faibles et attirer les frelons. Mais pourquoi n'iraient-ils pas de préférence vers ses ruches faibles ? Il pense aussi que ces ruches, peut-être faibles, ont pu servir à nourrir un grand nombre de larves de frelons, ce qui expliquerait peut être pourquoi il y a tant de frelons dans le coin. De tout ça il n'est sûr de rien et ne tire pas de conclusion, mais il retient que les ruches placées à 600m des jachères ne se défendaient pas face à une forte pression de frelons.

   3ème rucher :

   Des ruches à 600m de jachères fleuries (château les Richards, à Mombrier) ; à 600m aussi, un gros nid de frelons asiatiques (*)  ; ce n'est peut être pas le seul nid car le coin est propice aux frelons, avec de l'eau à proximité. Les ruches sont sédentaires ; à priori les frelons ont dû observer la présence de ces ruches qui sont toujours là. Mais les ruches sont très fortes, et on n'y voit jamais un frelon. Il est possible qu'ils aillent chercher leur nourriture ailleurs parce que ces essaims très forts savent sans doute se défendre comme au 1 er rucher. Ce sont les mêmes abeilles, « autochtones ».

   (*) Les pompiers ont fini par détruire ce nid, sur la commune de Mombrier, en se faisant piquer.

   Conclusions partielles :

   J. Longatte pense que la proximité des jachères renforce certainement les ressources et l'agressivité des abeilles vis-à-vis du frelon. Si l'environnement est favorable, l'abeille est forcément plus résistante.

   En effet, parmi les ruches des nombreux apiculteurs observateurs de Gironde, une bonne part doit contenir des abeilles « autochtones ». Pourquoi alors ces apiculteurs ne font ils pas les mêmes constatations ? La présence de jachères fleuries à proximité, dont on sait par ailleurs le bienfait sur la santé des abeilles, est certainement déterminante.

   Par ailleurs, ayant observé au 1 er rucher combien la nervosité et l'agressivité leur sont nécessaire, J. Longatte pense que les abeilles les plus agressives résisteront le mieux au frelon , et les abeilles les plus douces devant être écartées des zones à frelons.

   En attendant pas de transhumance sélective trop rapide : ne pas perdre les abeilles noires en ne laissant qu'elles pour le festin du frelon, dans un environnement qui n'est pas optimal pour leur permettre de se défendre.

   Il serait intéressant de comprendre pourquoi les abeilles de J. Longatte peuvent tuer le frelon, contrairement à celles de Guy Donnot : concentration et composition du venin ? Races particulières d'abeilles à sélectionner, ou seulement qualité de l'environnement ?

   Conclusion Générale :

   Les effets conjuguées de la sélection des abeilles et des plantes mellifères.

   Ce sont sans doute à la fois :

   •  la sélection d'abeilles agressives vis-à-vis du frelon, ou peut-être simplement de l'abeille noire (également réputée plus résistantes aux maladies)

   •  l'amélioration de l'environnement par les haies mellifères et les jachères fleuries à proximité des ruches

   qui feront perdurer notre apiculture.

   Nombreuses pistes à explorer d'urgence :

   •  renouveler les observations à proximité des jachères fleuries

   •  les essais et les observations de chacun sur diverses pistes de recherche,

   •  la promotion rapide des jachères fleuries autour de nos ruchers et dans les pistes pare-feu des Landes, ainsi que des haies mellifères.

 

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